Vous considérez votre animal comme votre bébé, et votre entourage a d’ailleurs tendance à vous le faire remarquer avec une pointe de moquerie ? Sarah Jeannin, psychologue clinicienne et Docteur en éthologie, décrypte ce comportement.

L’animal de compagnie a une place de plus en plus importante dans notre société. En France par exemple, presque un foyer sur deux possède au moins un animal de compagnie. En Occident, les propriétaires d’animaux de compagnie sont qualifiés de « pet parents » dans les médias populaires et la moitié des propriétaires considèrent leur animal comme un membre de la famille à part entière voire comme un enfant. Un grand nombre de propriétaires se comportent avec leur animal de la même façon qu’ils le feraient avec un enfant : ils les embrassent, leur donnent des surnoms affectueux « mon bébé, mon amour, ma fifille…», ils les portent, certains les habillent, fêtent leur anniversaire, leur offrent des cadeaux etc.

La relation homme-animal de compagnie est-elle similaire à la relation parents-bébé ? Des études scientifiques menées sur des propriétaires et leurs chiens nous apportent quelques éléments de réponses.

Le cerveau est activé de la même manière ! Lorsque des mères sont exposées à une photo de leur enfant ou de leur chien, on observe dans leur cerveau une activation similaire de certaines régions impliquées dans les émotions et le système de la récompense (Stoeckel et al. 2014). La vision de leur chien et de leur enfant semblerait donc leur apporter une sensation de plaisir similaire !

L’hormone de l’attachement

L’ocytocine, aussi appelée « hormone de l’attachement » favorise les comportements affiliatifs, l’empathie et les comportements d’approche dans un contexte social. Les interactions homme-chien calmes et positives conduisent à une augmentation de l’ocytocine chez le propriétaire et chez son chien (Nagasawa et al. 2015). Ce phénomène est similaire à ce qui a été observé dans les interactions parents-bébé. Ces deux types de relations ont un soubassement biologique commun !

Attirance pour un aspect « bébé »

Certaines races de chiens et de chats présentent une apparence juvénile marquée (exemple : le Chihuahua de petite taille au front saillant, aux grands yeux et au petit museau). Ce phénomène s’appelle la néoténie et il est en grande partie lié à la sélection artificielle réalisée par l’homme au cours de la domestication. Si on présente à des humains des chiens ou des chats aux caractéristiques faciales juvéniles artificiellement accentuées, ils sélectionneront de préférences ces individus ! (Borgi & Cirulli 2013, 2016). Ces caractéristiques, qui rappellent le visage du bébé humain, attirent l’attention de manière très rapide et inconsciente et induisent des réponses affectives.

L’attachement

A partir d’une version adaptée de la « Situation Etrange d’Ainsworth », un protocole scientifique qui permet d’observer la manière dont le bébé gère les épisodes de séparation et de réunion avec sa figure d’attachement et ainsi d’évaluer son type d’attachement, les auteurs ont montré que les chiens présentent des comportements envers leur propriétaire qui ressemblent de très près à ceux rapportés chez les enfants humains (ex : jouent et explorent plus en présence de leur propriétaire) (Topál et al. 1998)*.

Le « Baby-talk »

Beaucoup propriétaires s’adressent à leur animal en utilisant une voix aigüe et modulée, qui ressemble fortement à la manière dont les parents parlent à leur bébé. Nous avons récemment montré que les chiens sont significativement plus attentifs lorsqu’on leur parle de cette manière (Jeannin et al. 2017). Alors n’hésitez pas à être ridicules J ! Le baby-talk permet à la fois de consolider la relation affective, en transmettant des messages émotionnels évidents et de favoriser l’efficacité de la communication.

Une relation de dépendance

L’animal de compagnie (captif) et l’enfant humain sont dans une relation de dépendance à leur figure de soins. Les animaux de compagnie sont dépendants de leur humain pour : l’accès à la nourriture, aux sorties ; Nous contrôlons leur environnement, leur vie reproductive, leurs interactions, leurs activités. Cette dépendance qui leur est imposée, a des avantages : nous assurons leur santé, leur survie, et des inconvénients : frustrations lorsque leurs désirs et besoins ne sont pas pris en compte ! Il est cependant important de retenir que l’animal est autonome contrairement à l’enfant humain, il peut survivre sans l’humain dans son milieu naturel. L’enfant n’en a pas les capacités physiques et cognitives, il est en développement.

Je considère mon animal comme mon enfant : erreur ou pas ? Réponse d’une éthologue et psychologue clinicienne

Il est naturel de ressentir une grande affection pour son animal. L’humain est une espèce sociale ! Nous ne cessons de créer du lien avec ce qui nous entoure, même avec les objets inanimés ! Cette affection est bénéfique pour nos animaux, à partir du moment où cela conduit à de la bienveillance, de l’empathie et du soin.

En revanche, cela devient pathologique lorsqu’il y a une confusion entre un enfant et un animal (imaginez une seconde que vous traitiez votre enfant comme un animal, les besoins de l’enfant non plus, ne seraient pas respectés !). Cela est nuisible lorsque les besoins éthologiques de l’animal ne sont pas respectés, que son bien-être est impacté ou que son intégrité physique est altérée par nos comportements. Mais encore faut-il être capable d’identifier et d’interpréter les états émotionnels de son animal !

Alors que nous adorons nos animaux, nous sommes paradoxalement très peu informés sur leurs besoins éthologiques et leurs modes de communication. Nous avons en conséquence de grandes difficultés à identifier leurs états émotionnels et à ajuster nos comportements. Pour parvenir à les comprendre, il faut adopter leur point de vue.

Nos animaux sont des êtres vivants, d’une nature différente de la nôtre, que nous devons nous efforcer à respecter avec le même respect, et de connaitre avec la même curiosité, que toutes autres natures vivantes dont nous faisons aussi partis. La relation homme-animal va de pair avec intelligence, curiosité, connaissance, conscience et respect. A partir de là, nous pouvons développer de la patience et de la bienveillance.

Sarah Jeannin Psychologue clinicienne – Docteur en éthologie Consultante associée en médecine vétérinaire du comportement à la clinique vétérinaire du Pont de Neuilly avec le Docteur Thierry Bedossa Responsable scientifique chez Animal University.

Article entièrement repris du site : https://wamiz.com

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